Rapport final du symposium «L’avenir des soins médicaux de base: sommes-nous prêts?»
Berne, le 16 septembre 2026 – Le symposium organisé par Intergenerika a réuni près de 80 spécialistes issus de la politique, des autorités, de l’industrie et du secteur de la santé. Les discussions ont clairement montré que la Suisse est confrontée à un besoin de réformes structurelles pour garantir la sécurité de l’approvisionnement en soins médicaux de base, en particulier dans le domaine des médicaments génériques et biosimilaires. Un large consensus s’est dégagé sur la nécessité de mettre en place des cadres réglementaires modernes, des prix économiquement viables et une coopération plus étroite avec l’Europe.
Présentations des intervenantes et intervenants
En ouverture du symposium, Thomas de Courten (président d’Intergenerika), Agnès Mathieu-Mendez (Head of Unit à la Direction générale Santé de la Commission européenne), Anne Lévy (directrice de l’Office fédéral de la santé publique), Guido Saurer (responsable adjoint Politique économique et Formation chez economiesuisse) ainsi que Dominic de Souza (Global Head Portfolio Transformation Sandoz Anti-Infectives) ont présenté leurs analyses de la situation actuelle de l’approvisionnement.
Dans son intervention, Thomas de Courten a rappelé que la sécurité de l’approvisionnement n’est plus seulement une question technique, mais également un enjeu de politique de santé, d’économie et de sécurité nationale. Il a évoqué la multiplication des pénuries de médicaments essentiels, la dépendance croissante à l’égard des chaînes d’approvisionnement mondiales et la vulnérabilité de la Suisse malgré la qualité de son système de santé. Il a souligné le rôle systémique des génériques et des biosimilaires, qui représentent 42% du volume des traitements tout en ne générant que 3,2% des coûts de l’assurance obligatoire des soins. Au cours des dix dernières années, ils ont contribué à alléger les dépenses du système de santé d’environ 5,4 milliards de francs suisses. Il a toutefois mis en garde contre l’érosion des prix dans le segment des médicaments à bas prix et a plaidé pour des conditions-cadres réalistes, des évaluations EAE différenciées, la suppression des incitations contre-productives, une véritable numérisation et une coopération européenne renforcée.
Intervenant par vidéo depuis Bruxelles, Agnès Mathieu-Mendez a présenté les opportunités offertes par le nouveau Critical Medicines Act (CMA), créé par l’Union européenne afin de lutter plus efficacement contre les pénuries croissantes de médicaments. Le CMA renforce la coordination européenne, établit des normes communes et accélère les procédures d’autorisation. Elle a toutefois souligné que cette coopération renforcée entre les pays de l’UE pour les médicaments en situation de pénurie pourrait compliquer l’approvisionnement des pays non membres tels que la Suisse, les États membres étant prioritaires. Une intégration étroite de la Suisse dans les structures du CMA est donc essentielle afin d’accéder aux informations, aux mécanismes d’alerte précoce et aux mesures coordonnées.
Anne Lévy a montré que les pénuries sont devenues un phénomène structurel touchant principalement les médicaments essentiels à bas prix. La Confédération réagit notamment par des simplifications réglementaires, une plus grande transparence, une catégorisation des médicaments essentiels et le contre-projet direct à l’initiative sur la sécurité de l’approvisionnement. L’objectif est de garantir la continuité des traitements et de renforcer la résilience des chaînes d’approvisionnement (lisez ici le discours complet).
Guido Saurer a relevé que les coûts de la santé et des médicaments augmentent parallèlement, tandis que la part des médicaments dans les dépenses globales reste stable. Les génériques et les biosimilaires constituent des piliers essentiels de l’approvisionnement mais sont particulièrement exposés aux pénuries.
Les principales causes sont les dépendances mondiales, la taille réduite du marché suisse et certaines contraintes réglementaires. Il a plaidé pour des procédures d’autorisation simplifiées, une diversification accrue des sources d’approvisionnement et des prix économiquement viables.
Dominic de Souza a mis en évidence la grande vulnérabilité de la chaîne d’approvisionnement des antibiotiques. L’Europe et les États-Unis dépendent fortement de la Chine et de l’Inde. Sandoz exploite le dernier site européen entièrement intégré de production de pénicilline. Selon lui, les mécanismes de marché tels que les appels d’offres fondés sur les prix les plus bas ainsi que la hausse des coûts des matières premières mettent en péril la production européenne. Il a appelé à la conclusion de contrats de volume à long terme, à la constitution de réserves stratégiques et à un soutien des pouvoirs publics.
Exemples concrets présentés par l’industrie
À travers l’exemple de l’agent anticancéreux vincristine, Andrej Salát a illustré les risques liés à la concentration du marché: une interruption de production a provoqué une pénurie quasi totale dans toute l’Europe, car seuls deux fabricants étaient encore présents. Cette situation est la conséquence d’une spirale de baisse des prix qui pousse progressivement les entreprises à abandonner la production et fragilise l’approvisionnement.
Hans-Peter Borger a confirmé que Spirig avait cessé la production de vincristine pour des raisons de rentabilité. Il a montré que certaines baisses de prix génèrent à peine des économies pour l’assurance obligatoire des soins, tout en affectant fortement les fabricants. Il a notamment cité l’exemple de l’ibuprofène: une réduction de 24% du prix départ usine envisagée par l’OFSP aurait un effet minime sur le prix public en raison de marges commerciales élevées. Les économies réalisées pour le système de la santé seraient donc limitées, tandis que la sécurité d’approvisionnement pourrait être compromise.
Yvonne Ehrmann a rappelé l’importance des génériques et des biosimilaires, qui permettent chaque année d’économiser environ 700 millions de francs suisses pour le système de santé. Les biosimilaires présentent notamment un potentiel d’économies considérable tout en élargissant l’accès aux thérapies modernes. Elle a toutefois averti qu’une pression excessive sur les prix rend rapidement la commercialisation non rentable sur le petit marché suisse.
Table ronde
La table ronde réunissant Andreas Faller (directeur de plusieurs associations nationales de santé), Martine Ruggli (présidente de Pharmasuisse), Christoph Amstutz (responsable du domaine spécialisé Produits thérapeutiques à l’OFSP), Benjamin Roduit (conseiller national) et Hans-Peter Borger (GM Spirig) a abouti à une conclusion commune: la Suisse a besoin de réformes coordonnées, d’une plus grande transparence des chaînes d’approvisionnement et d’un rapprochement plus étroit avec l’Union européenne.
Les discussions ont clairement montré que la Suisse a besoin de réformes structurelles importantes pour renforcer sa sécurité d’approvisionnement. Les participants ont notamment souligné :
- la nécessité de disposer de procédures d’autorisation plus modernes et plus rapides afin de faciliter l’entrée sur le marché et de réduire les pénuries,
- la nécessité de garantir des prix économiquement viables pour les génériques à bas prix afin de maintenir les fabricants sur le marché et d’assurer la continuité de l’approvisionnement,
- l’importance d’une coopération plus étroite avec l’Union européenne dans le cadre du Critical Medicines Act afin d’avoir accès aux mécanismes d’alerte précoce, aux données et aux mesures coordonnées,
- le renforcement de la production européenne de médicaments essentiels afin de réduire les dépendances et d’accroître la résilience des systèmes d’approvisionnement.
Un autre point a été particulièrement mis en avant, bien qu’il soit souvent sous-estimé dans le débat politique: la valeur ajoutée des génériques et des biosimilaires doit être davantage reconnue. Martine Ruggli a souligné que la discussion ne doit pas se limiter aux prix. Les génériques et les biosimilaires contribuent de manière significative à éviter des hospitalisations, à améliorer la qualité de vie et à prolonger l’espérance de vie. Leur valeur sociétale et sanitaire doit être prise en compte au même titre que les coûts, notamment dans les décisions réglementaires et les révisions de prix.
Importance pour Intergenerika
Intergenerika entend utiliser les enseignements tirés de ce symposium pour poursuivre le débat politique et promouvoir des améliorations réglementaires concrètes. Les interventions ont confirmé l’importance stratégique des génériques et des biosimilaires pour la stabilité des soins médicaux de base.
Dr Lucas Schalch, directeur d’IntergenerikaSi nous prenons réellement au sérieux la sécurité de l’approvisionnement, nous devons élargir notre regard non seulement au prix, mais aussi à l’immense valeur que les génériques et les biosimilaires apportent à notre société. Ils contribuent à maintenir les personnes en bonne santé, à éviter des hospitalisations et à garantir l’accès à des traitements efficaces. Ce n’est que lorsque cette valeur sera prise en compte à égalité dans les décisions politiques et réglementaires que nous disposerons d’un système durablement stable, résilient et fiable pour tous.